Extrait de la revue TIMSAH n°44 de Novembre 1997: Jacqueline Domergue dite Jaïc

Jacqueline Domergue, née à Ismaïlia (1) le 8 Septembre 1924, apparentée, par sa mère, née WATSON, aux familles Paul MITHOIS, BOUGERET et COLAS.

Ainée de deux jeunes frère et soeur, le décès prématuré de sa mère en 1937 la conduira, à l'âge de 13 ans, à assumer des responsabilités au-dessus de son âge.

A cette époque, et dans ce lieu qui offre à nos familles une vie privilégiée, l'éducation basée sur la Foi, le sens de la Famille, le respect des valeurs, s'ajoute à la nature propre de Jacqueline.

Elle était l'amie sûre, douée d'un esprit de décision. Enjouée, serviable, son caractère de "battante" la poussait à l'aventure. On la voit encore sillonner nos rues port-fouadiennes ( et saïdiennes...) dans la voiture paternelle qu'elle menait... rondement pour transporter les uns et les autres entre plage, ferry-boat, lycée et domiciles.

Ses fonctions de cheftaine de guides, à Port-Fouad, révèleront déjà l'énergie qui l'habite et qui la conduira, après la guerre, à son engagement chez les I.P.S.A. (2). Elle y sera remarquée, estimée, admirée.

Le temps n'a nullement estompé l'image qu'elle nous a laissée; nous ne cessons de l'évoquer dans nos souvenirs.

En ce quarentième anniversaire de sa disparition ses anciens amis souhaitent lui rendre un ultime hommage en rappelant les conditions de sa mort au Champ d'honneur le 30 novembre 1957.

Ces obsèques furent célébrées aux Invalides en présence des autorités militaires et d'une assistance nombreuse et bouleversée.

Jacqueline, Chevalier de la Légion d'Honneur, était titulaire de la Croix de Guerre des T.O.E. (Indochine) et de la Croix de la Valeur Militaire.

                                                                             

 

Dans "Paris-Presse-l'Intrasigeant" du 3 décembre 1957:

UN JEUNE SOLDAT D'ALGERIE RACONTE: "J'AI VU TOMBER JAIC DOMERGUE

l'héroïque infirmière de l'Air. Sous le feu des rebelles, elle tenta de secourir un des nôtres, blessé: une balle l'atteignit à la tête..."

(De notre correspondant particulier de Paris-Presse l'Intransigeant Jean TAOUSSON).

Alger, 2 décembre 1957 :

Jacqueline Domergue, "l'infirmière de l'air", n'est plus. Elle est tombée vendredi matin à Larba, face aux fellagas, frappée en pleine tête alors qu'elle portait secours à un soldat blessé.

C'était près de Djemmaa-el-Kharmou, en plein djébel, à 15 kilomètres au sud de Larba. Les artilleurs à pied et des éléments du 117ème R.I. bagarraient dur depuis le matin. Les rebelles étaient nombreux: 120, bien entrainés, bien armés, alors qu'à l'état-major on les croyait seulement une trentaine.

CLOUES AU SOL

La surprise, cependant, avait joué en faveur des nôtres qui avaient encerclé l'adversaire sur un piton. Mais très vite, les hors-la-loi organisèrent des points d'appui, malgré l'aviation et les tirs de mortiers.

Le feu des rebelles nous avait littéralement cloués au sol, m'a dit un jeune artilleur.Un fusil-mitrailleur balayait le terrain. Il était à moins de 400 mètres de nous et c'était terriblement impressionnant. Impossible de bouger. A une vingtaine de mètres, j'avais un copain qui râlait. Il avait sans doute était sérieusement touché, et je me demandais comment on allait le tirer de là. C'est alors que l'hélicoptère est arrivé. Il a tournoyé, puis il est descendu en tanguant vers le blessé. Jacqueline Domergue - j'ai su après que c'était elle - était à la porte; elle a sauté avant que l'appareil touche le sol. Je ne l'ai pas vu se relever. Je n'ai pas entendu non plus la rafale. Le bruit du moteur était assourdissant.

Jacqueline Domergue avait été atteinte d'une balle de fusil-mitrailleur à la tête. Son béret n'était même pas tombé. Il était presque onze heures. L'infirmier qui l'accompagnait avait été légèrement blessé. Immédiatement, on releva Jacqueline et on l'expédia sur Alger. La ville n'était, à vol d'oiseau, qu'à une trentaine de kilomètres.

En vol, un infirmier lui fit un pansement, car elle perdait beaucoup de sang. Une ambulance attendait à l'héliport. Jaïc Domergue fut conduite à l'hôpital Berbier-Hugo. C'était trop tard...

UNE GRANDE FILLE TRES SIMPLE

J'avais connu Jaïc au Paraclub d'Alger, en juin 1956. Infirmière de l'Air et monitrice au centre national de Biscarosse, elle s'entraînait alos à Boufarik pour les championnats du monde de parachutisme à Moscou. C'était une grande fille de 33 ans, très simple, avec des taches de rousseur et un regard clair, visage doux aux cheveux roux coupés à la diable "Je m'en occupe moi-même, disait-elle pour gagner du temps". Cette jeune femme cachait derrière une attitude discrète des trésors d'énergie et de dévouement, Jaïc avait pris l'habitude de vivre avec le danger. A chaque seconde nous la savions exposée mais nous avions coutume de la voir triompher de tous les obstacles, surmonter tous les risques qu'elle prenait.

Jaïc était entrée dans l'armée de l'air en janvier 1953. Championne de France de parachutisme en 1955, elle totalisait plus de 250 sauts, dont plusieurs opérationnels. En Indochine, elle avait participé avec Geneviève de Gallard, dont elle était l'amie, à de nombreuses opérations qui lui valurent la Croix de guerre. Volontaire pour la campagne d'Egypte, Jaïc Domergue ne comptait plus ses missions en Algérie. C'est d'ailleurs pour répondre à ses obligations de convoyeuse de l'air qu'elle avait renoncé l'an passé aux championnats du monde de parachutisme.

 

(1) Egypte

(2) I.P.S.A. : Infirmière Parachutiste Secouriste de l'Air, école créée par la Croix Rouge Française qui a formé bien des Convoyeuses de cette époque.


2002
Extrait de la Revue de la Force Aérienne de Projection N°11


Inauguration de la Salle Jaïc DOMERGUE  ce 3 juillet 2002


Général de corps aérien François BECK


Général Valérie ANDRE


2004                                                                                   

Le mardi 7 décembre 2004 Jean-Marc THOMAS, Président d'AIRBUS FRANCE a  inauguré à Toulouse, site de Saint Martin, le bâtiment M29 destiné aux équipes du Programme Militaire A400M, avion de transport militaire. Le nom de Jaïc Domergue a été attribué à l'une des 12 salles de réunion.

 

 

 

2005

                                   

 

Par lettre du 27 juin 2005 Monsieur André Guénégan, adjoint chargé du développement urbain et des travaux, en représentation du Sénateur-Maire  de la ville de Quimper (29107) écrit à mon fils François:

" J' ai l' honneur de vous informer que la rue Jacqueline Domergue, à Quimper, rend bien hommage à votre tante, décédée pendant la guerre d' Algérie.
La décision de dénommer ainsi cette voie a été prise, le 23 février 1958, par l' ancienne commune de Kerfeunteun, rattachée à celle de Quimper, le 1er janvier 1960. Cette commune avait décidé de rendre hommage à de nombreuses femmes célèbres à travers l' attribution de leur nom à des voies de l' un de ses quartiers."



2011

Boulay-les-Barres   25 septembre
Inauguration de la stèle et du panneau de rue en hommage à Jacqueline Domergue

 

photo.sgs.ba123@air.defense.gouv.fr


 

Jean Domergue et ses enfants sont très touchés de tous ces hommages rendus à sa soeur ou à leur tante
Jacqueline Domergue dite Jaïc et remercient ceux qui en ont eu l'idée et les autorités qui en ont pris la décision.